Au fondement des sociétés humaines, Ce que nous apprend l’anthropologie

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Auteur(s) de l'ouvrage: 
Maurice Godelier
Maison d'édition: 
Albin Michel
Date de parution de l'ouvrage: 
Janvier 2007
Date de rédaction: 
Décembre 2010

 

Au fond des sociétés humaines, il y a du sacré. Autant le savoir, et apprendre le secret de fabrique de ce qu’en Occident on appelle le « politico-religieux », et en ces temps où le lien social se distend, où la logique communautariste et identitaire semble l’emporter sur ce qui rassemble (4ème de couverture)

 

« L’une des valeurs centrales, l’un des principes fondamentaux des sociétés occidentales : séparation du politique et du religieux, la sécularisation de l’Etat, la liberté pour chacun de pratiquer telle religion ou de ne pas en avoir » (p.20)

 

L’imaginaire et le symbolique

L’imaginaire c’est de la pensée. C’est l’ensemble des représentations que les humains se sont faits et se font de la nature et de l’origine de l’univers qui les entoure, des être qui les peuplent. L’imaginaire c’est d’abord un monde idéel, fait d’idées, d’images et de représentations de toutes sortes qui ont source dans la pensée.

Le domaine du symbolique c’est l’ensemble des moyens et des processus par lesquels des réalités idéelles s’incarnent à la fois dans des réalités matérielles et des pratiques qui leur confère un mode d’existence concrète, visible, sociale. C’est en s’incarnant dans des pratiques et des objets qui le symbolisent que l’Imaginaire peut agir non seulement sur les rapports sociaux déjà existants entre les individus et les groupes, mais être aussi à l’origine de nouveaux rapports entre eux. L’Imaginaire n’est pas le Symbolique mais il ne peut pas acquérir d’existence manifeste et d’efficacité sociale sans s’incarner dans des signes et des pratiques symboliques de toutes sortes qui donnent naissance à des institutions qui les organisent, mais aussi à des espaces, à des édifices , où elles s’exercent.

« Contrairement à Claude Lévi-Strauss, qui affirmait le primat du Symbolique sur l’Imaginaire et sur le Réel, je pense que c’est l’Imaginaire partagé qui, dans le court comme dans le long terme, maintient en vie les symboles » (p  39).

 

« Les conditions du succès, et donc de la diffusion d’une mythologie, d’une religion, et même d’une philosophie – le taoïsme par exemple – ne résident pas seulement dans leur force de vérité – comme c’est le cas pour un théorème mathématique ou une démonstration de physique – mais dans leur capacité de ces univers idéels à donner un sens à la vie quotidienne des individus, un sens dans lequel ils ont foi et dont la vérité va être attestée jour après jour par le fait qu’ils vivent en accord avec cette foi. Analyser les forces et les conséquences sociales, collectives et individuelles des croyances, c’est aborder un domaine délicat et nous lui consacrerons des chapitres qui suivent » (p.57).

 

Chapitre 1 : des choses que l’on donne, des choses que l’on vend et de celles qu’il ne faut ni vendre ni donner, mais garder pour transmettre

Chapitre 2 : Nulle société humaine n’a jamais été fondée sur la famille ou sur la parenté

Chapitre 3 : Il faut toujours plus qu’un homme et une femme pour faire un enfant

Chapitre 4 : La sexualité humaine est fondamentalement a-sociale

Chapitre 5 : Comment un individu se constitue un sujet social

Chapire 6 : Comment des groupes humains se constituent en société

 

« J’ai du conclure que ni les rapports de parenté, ni les rapports économiques n’avaient eu dans le passé et n’avaient pas plus à l’époque où nous les avions observé, la capacité de rassembler tous les lignages et tous les individus Baruya en un Tout qui les unirait et qui contribuerait donc à les reproduire ; Cette double conclusion, que j’ai annoncée au chapitre 2 , ne s’accordait guère avec les vues de Confucius ( 551-479) ou d’Aristote (384-322 av. J-C) pour qui la famille et la parenté sont les fondements de la Cité ou de l’Etat. Mais elle n’aurait pas plu non plus à Marx, convaincu que les rapports qui éclairent le fonctionnement d’une société sont le mode de production et de redistribution des biens matériels et de services qui s’instaure entre les groupes qui composent une société, ni même aux économistes néolibéraux qui, finalement, pensent comme Marx, que les rapports économiques façonnent l’architecture d’une société, à condition toutes fois qu’ils soient issus de la vraie économie, l’économie de marché qui, en se développant, doit assurer le développement de la démocratie, le respect des droits de l’Homme »  (p.196)

 

Les craintes de certains de voir s’effacer rapidement  les frontières entre les sociétés et les Etats, et se diluer les unes dans les autres les identités de leurs membres pour faire place à une civilisation mondiales où des centaines de millions d’hybrides multiculturels, immergés dans des flux multiples  d’échanges immatériels et matériels, mèneraient une existence diasporique les portant là où s’accumulent l’agent et le capital, ces craintes n’ont, sociologiquement, aucun fondement. Les rapports politiques et religieux déterminent une part essentielle de l’identité des sociétés et des individus (p202).

 

La séparation du politique et du religieux est un fait récent dans l’histoire de l’humanité, et qui n’est pas pensable et acceptable dans beaucoup de sociétés. En Europe, il aura fallu attendre les critiques des philosophes des lumières, puis la Révolution française pour que prenne force l’idée de dissocier le politique du religieux. Pour la première fois cessait localement de se reproduire un processus attesté depuis les temps historiques les plus anciens : l’union voire la fusion du politique et du religieux (p206).

 

Définition de la religion (p206)

 

Les religions offrent un fondement cosmique à un ordre social. D’autre part par ses rites collectifs et le contrôle de la conduite de chacun et de chacune, une religion s’efforce d’associer et d’ajouter aux forces humaines d’autres forces plus puissantes dont il lui faut solliciter le concours (p207).

 

« L’exercice des fonctions religieuses et politiques est apparu au cours de l’histoire, et dans de nombreuses sociétés, comme une activité bien plus importante pour tous les membres d’une société que les activités plus modestes et aux résultats manifestes que sont les diverses activités productrices des conditions matérielles de l’existence sociale des humains, l’agriculture, la pêche, la chasse. Le travail avec les dieux, des chefs et des prêtres ne devait-il pas apporter  à tous prospérité et protection contre les malheurs ? c’est pour ces raisons fondamentales  que les gens du commun, qui n’étaient ni des prêtres ni des puissants, se vivaient eux-mêmes comme endettés de façon irréversible vis-à-vis de ceux qui leur procuraient les bienfaits des dieux et les gouvernaient ».

 

« Les hommes n’ont pas eu à inventer la vie en société, ils sont par nature une espèce sociale. Par nature signifie ici : par le fait de l’évolution de la nature. Mais les humains à la différence des autres espèces sociales, ne vivent pas seulement en société : ils produisent de la société pour vivre » (p221).

 

Rôle fondateur rapports politico-religieux dans l’institution des sociétés p247

 

A lire

Régis Debray, dans Critique de la raison politique, montre l’essence religieuse de la chose politique.

« Les sociétés laïques ne peuvent faire l’économie du sacré » Luc Ferry Nouvelles Clés, Juin Juillet Aout 2008 (p64).

François Fourquet, Richesse et Puissance, généalogie de la valeur La Découverte