Ce cauchemar qui n’en finit pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie

Titre de l'ouvrage: 
Ce cauchemar qui n’en finit pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie
Auteur(s) de l'ouvrage: 
Pierre Dardot, Christian Laval
Maison d'édition: 
La Découverte
Date de parution de l'ouvrage: 
Janvier 2016
Date de rédaction: 
Novembre 2016

 

Cet ouvrage est à lire et à relire, il présente une analyse très complète du néolibéralisme avec ses enjeux économiques, politiques, culturels, sociologiques, anthropologiques. Par contre les propositions des auteurs pour sortir du néolibéralismes sont souvent décevantes et surtout pas à la hauteur de leur analyse de la société néolibérale.

 

1.Définition du néolibéralisme (« la nouvelle raison du monde ») et de la démocratie

 

L’ouvrage étant construit autour des notions de néolibéralisme et de démocratie, il est fort utile d’en connaître, dès le début, les définitions et les contenus  retenus par les deux auteurs.

 

Les auteurs nous avertissent que la définition proposée du néolibéralisme est différente de son acception courante, ce n’est ni un ensemble de doctrines économiques ou politiques mais : « une raison monde » qui a pour caractéristique d’étendre  et d’imposer la logique du capital à toutes les relations sociales jusqu’à en faire la forme même de nos vies ». Le néolibéralisme est capable d’enrôler dans sa logique les idéologies les plus diverses (l’AKP en Turquie, par exemple) p10-11

Cette définition avait été proposée par les deux auteurs dans leur livre « La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale » (La Découverte 2009) dans lequel ils essaient de montrer que la conception néolibérale de la société et du rôle de l’Etat, née dans les années 1920, s’est imposée par la suite, non comme une pure idéologie, mais comme une rationalité totalisante, envahissant toutes les dimensions de la société.

 

Démocratie : A partir des mots grecs kratos (conquête du pouvoir) démos (masse des pauvres) on peut dire « seul le gouvernement des pauvres pour les pauvres peut se voir appliquer la dénomination de démocratie » (partant de cette définition, on peut dire qu’il n’y a jamais eu de démocratie !!!) pp 21-24

« La démocratie à laquelle s’attaque le néolibéralisme n’a qu’un rapport très lointain avec l’acception originelle de ce terme. Il s’agit avant tout d’une certaine combinaison entre un mode de sélection des dirigeants et une politique de redistribution en faveur des plus démunis » p47 ( force est de constater que nos démocraties actuelles mettent en oeuvre de moins en moins une politique de redistribution )

 

2. Problématique et Objectif du livre

Le dispositif néolibéral a, depuis la crise de 2008, un caractère systémique, qui rend toute inflexion des politiques menées difficile, voire impossible, c’est cette raison politique unique qui s’impose aux partis de droite comme de gauche. « Le néolibéralisme ne cesse, par les effets d’insécurité et de destruction qu’il engendre, de s’autoalimenter et de s’autorenforcer. Tenter de comprendre comment, telle est l’ambition du présent essai ».

 

3.Le néolibéralisme : un système politico-institutionnel pour constitutionnaliser les règles du marché

 

A la différence de la crise des années 30, la crise depuis 2008 n’a conduit à aucune remise en cause politique ou doctrinale profonde ; il ne s’est rien passé depuis 2008[1] p26

 

Gouverner par la crise

« Le terme de crise est employé pour décrire les effets désastreux d’une politique de concurrence généralisée, mais il est aussi utilisé pour justifier cette même politique » p38

Gouverner par la crise « est moins le fruit d’une conspiration mondiale que le développement, par voie d’auto entretien et d’auto-renforcement d’une logique normative qui a irréversiblement modelé les conduites et les esprits de tous les décideurs politiques et économiques et qui a systématiquement affaibli les contre-forces susceptibles de s’y opposer (..) Une fois que le processus de néolibéralisation  des sociétés et des esprits a atteint un certain seuil, c’est la réalité sociale elle-même qui est devenue néolibérale»p40

 

Le projet du néolibéralisme est foncièrement antidémocratique, il procède d’une volonté délibérée de soustraire les règles du marché à l’orientation politiques des gouvernements en les consacrant, (en les instituant dans une constitution) comme règles inviolables s’imposant à tout gouvernement , quelle que soit la majorité électorale dont il est issu »p46

 

Le néolibéralisme est un système politico-constitutionnel qui a utilisé deux voies pour constitutionnaliser les règles du marché : « dans la première celle de Hayek, la constitutionnalisation du droit privé prend la forme de la prééminence d’une cour constitutionnelle sur des pouvoirs législatifs et gouvernementaux soumis à son contrôle et incapables d’en contrebalancer les pouvoirs. Dans la seconde, celle des ordolibéraux[2], cette même constitutionnalisation prend la forme d’une constitution économique formelle consacrant l’indépendance d’une banque centrale fonctionnant  comme une sorte de cour constitutionnelle économique »p 69

 

4. Le capitalisme dans sa forme néolibérale (chapitre 3, le plus novateur)

 

« Il faut cesser de penser l’avènement du néolibéralisme d’une manière exclusivement négative, comme un démantèlement des règles existantes, un rétrécissement de la marge d’action des Etats, ( ;;) C’est le fonctionnement effectif d’un mode de pouvoir positif et original qu’il convient d’analyser. Le gouvernement néolibéral a en effet donné naissance à un système de pouvoir, composé d’institutions politiques et financières, doté de moyens législatifs et de dispositifs administratifs. Ce système remplit des fonctions de coordination entre espaces nationaux, constitue des leviers de transformation des sociétés et assure un certain maintien de l’ordre public à l’échelle mondiale. Ce qui caractérise l’économie politique du néolibéralisme c’est la permanence d’un interventionnisme gouvernemental producteur d’un ordre nouveau » p71-72

 

Le système néolibéral mondial est inséparable de la mondialisation. Comme un ensemble de règles et institutions, de normes, il a permis l’intensification des échanges, l’internationalisation de la production et la libération de capitaux.

 

Le néolibéralisme met en œuvre une théorie économique néoclassique revisitée : la concurrence limitée entre oligopoles, tout en restreignant la gamme de choix pour le consommateur, censée servir en dernière analyse son bien être global grâce aux économies d’échelle.

 

Dans le système néolibéral, ce n’est pas tant le marché lui-même qui doit être libre, c’est le capital : ni taxe, ni contrôle, on doit l’attirer par mille et un moyens de séduction, on doit le protéger par des droits de propriété renforcés.

 

4.1 Un ensemble cristallisé de normes et de règles

 

Le système néolibéral n’est rien d’autre qu’un ensemble cristallisé  de normes et de règles qui a fini par acquérir une cohérence telle que les acteurs sont conduits à agir en conformité avec elles (exemple du consensus de Washington)

 

La société néolibérale dans laquelle nous vivons est le fruit d’un processus historique qui n’était pas entièrement programmée par ses pionniers

 

L’originalité du néolibéralisme est bien de créer un ensemble de règles définissant non seulement un autre régime d’accumulation, mais plus largement une autre société p80

C’est à l’institution, l’inconscient des économistes selon Foucault,  que le néolibéralisme entend redonner une place déterminante p81

 

4.2 Les limites de l’analyse marxiste pour comprendre les enjeux du néolibéralisme

 

La figure actuelle du capitalisme loin de pouvoir se déduire directement de la logique du capital, comme le pense les marxistes, n’est jamais qu’une figure économico-institutionnelle historiquement singulière  et donc « la forme du capitalisme et les mécanismes de la crise sont l’effet contingent de certaines règles juridiques et non la conséquence  nécessaire des lois de l’accumulation du capital » p82 ; Le capitalisme est un « complexe economico-juridique » admettant une multiplicité de figures singulières ; « c’est pourquoi nous devons parler de société néolibérale et pas seulement de politique néolibérale ou d’économie néolibérale » p83 Le livre de Piketty sur les inégalités est cité comme un exemple  de l’explication marxiste dans sa version la plus mécaniste.

 

Le néolibéralisme ne répond pas seulement à une crise d’accumulation, il répond aussi à une cirse de gouvernementalité qui relève elle-même d’une crise aiguë des formes jusque-là dominantes du pouvoir. Le mérite irremplaçable de Foucault fut de situer la crise des années 60-70  par rapport à l’avènement d’une nouvelle manière de conduire les individus (une autre vision de l’individu ?) mais son analyse souffre de quelques limites.

 

Le déploiement historique du capital a supposé à chacune de ses phases antérieures, une mise en forme symbolique et une mise en œuvre institutionnelle ; « un travail de représentation symbolique, des interventions politiques répétées et cohérentes, une abondantes production normative économico-juridique ont été indispensables pour construire ce devenir-monde du capital . Cette expression signifie que le capital ne connaît plus de ni frontières géographiques, ni séparations entre les sphères  dans la société ( ;;) Tout individu est appelé à devenir lui-même capital humain ; tout élément de la nature est regardé comme ressource productive ; toute institution est considérée comme instrument de production. ( ;;) Cette métamorphose du monde en capital ne relève pas plus d’une loi endogène de l’économie que d’un destin de la métaphysique occidentale (. ;) Elle est le résultat historique d’une formidable mutation dans  la manière de gouverner les hommes et la société» p87

 

4.3 L’imaginaire du néolibéralisme

 

« Comme forme historique singulière du capitalisme, le néolibéralisme comporte une dimension essentiellement imaginaire, mieux : il se constitue et ne se maintient que par cette dimension. Sans elle, il serait incapable de survivre aux crises les plus graves, et plus encore, de se renforcer à la faveur de ces mêmes crises » p 94 (dimension importante, son rôle mériterait d’être mieux préciser)

 

L’imaginaire du néolibéralisme est fondamentalement entrepreneurial et non un imaginaire marchand. « On ne peut combattre le néolibéralisme qu’en opposant à son imaginaire un imaginaire alternatif, c’est-à-dire un imaginaire qui doit être à la hauteur de celui qu’il veut supplanter en s’élevant jusqu’à la proposition d’une forme de vie désirable ; Il n’y a que la puissance d’un imaginaire pour faire naître le désir de transformer le monde ( ..) puisque c’est cet imaginaire qui donne au libéralisme son incomparable force, il faut se demander d’où vient l’attraction qu’il exerce, y compris sur les plus démunis (..) Autrement dit ; qu’est ce qui dans son contenu, le fait apparaître comme porteur d’une promesse de liberté à la portée de chaque individu ? »p94-95

 

Dans la société néolibérale, l’entreprise est élevée au rang de modèle pour la vie de chacun, la conduite de notre vie est analogue à la conduite d’une entreprise ; Le statut d’entrepreneur, constitue en réalité une forme de citoyenneté, porteuse d’un renouvellement de la démocratie p97

 

Par exemple les mérites du statut d’auto-entrepreneur, vanté par les politiques, vont au-delà des aspects économiques, ce statut vise à transformer toute la vie de l’individu par la logique de l’entreprise au point de devenir l’école de ce qu’il faudrait appeler « une démocratie entrepreneuriale »p97. Dans la démocratie entrepreneuriale chacun est responsable de la conduite de sa vie. « Le citoyen de la démocratie entrepreneuriale est lui-même une entreprise, en sorte que cette démocratie est moins celle du citoyen-entrepreneur que celle du citoyen-entreprise. La démocratie consiste à  donner à chacun la possibilité de conduire l’entreprise qu’il est comme il l’entend, à la rendre totalement responsable de cette conduite et de ce qui en résulte pour lui, échecs comme succès»p98

 

La théorie du capital humain est un autre exemple de l’entreprise élevée comme modèle de la vie de chacun par le néolibéralisme. La force de travail peut être cédée ou aliénée parce qu’elle est dissociable du travailleur, par contre le capital-compétence ne peut pas être aliéné. « La force de travail est une marchandise que l’on a sans l’être, la compétence est un capital que l’on n’a pas mais que l’on est (..) Le travailleur est ainsi à lui-même son propre capital puisqu’il est pour lui-même sa source de ses revenus. Il est en ce sens un entrepreneur de lui-même» (Michel Foucault, Naissance de la biopolitique), p101 «  l’entreprise est élevée au rang du modèle du rapport à soi pour les sujets. Chacun est un capital, c’est-à-dire une valeur qu’il a à valoriser toujours tout long de sa vie par des investissements (..) Le sujet est devenu capital pour lui-même ou le capital financier fait sujet, le capital lui-même comme forme de subjectivation . C’est bien en ce sens qu’on est fondé à parler de la subjectivation néolibérale comme une subjectivation financière »p102, 

 

4.4 Jouir de l’accroissement illimité de sa valeur

« L’entreprise de soi fait tout particulièrement intérioriser la logique de la concurrence par l’innovation, en lui faisant un devoir de maximiser ses gains. (..) En second lieu, c’est la pulsion d’accumulation qui trouve matière à se développer sur ce nouveau terrain d’une manière originale. L’impératif du capitaliste est « jouis d’accumuler », c’est-à-dire «  jouis de la production et de l’accroissement de la valeur » ; ( ..) « Le discours capitaliste, du moins dans sa forme néolibérale, ne fait pas tant miroiter la promesse d’une saturation du désir par la consommation, que celle d’une plénitude atteinte dans l’accroissement illimité de la valeur que le sujet est pour lui-même. Là est la vérité du « capital humain » : la valeur qui se valorise toujours plus n’est plus seulement le moyen de la jouissance, elle devient l’objet de la jouissance. Le sujet auto-augmenté est le sujet qui jouit de la valeur qu’il est pour lui-même » (103-105). « La jouissance n’est pas le plaisir, qui est encore de l’ordre de la limite en ce qu’il est la satisfaction d’une tendance, elle est au-delà du plaisir en ce qu’elle est jouissance de soi au-delà de toute limite » p106

 

5. Les forces collectives et les oligarchies qui mettent en œuvre le néolibéralisme (chapitre6)

 

Les différentes composantes du bloc oligarchique[3] néolibéral qui exercent toutes une fonction politique sont :

  • L’oligarchie gouvernementale et de la haute caste bureaucratique qui sont à la tête des Etats et des organisations internationales.
  • Les acteurs financiers et le top-management des grandes entreprises, spécialement dans la sphère financière.
  • Les grands médias d’opinion et de divertissement.
  • Les institutions universitaires et éditoriales, producteurs et diffuseurs du ciment discursif du pouvoir oligarchique.

 

Les trois grandes caractéristiques de ce système oligarchique sont :

  • Une autoreproduction désormais bien rodée des élites politiques et économiques.
  • Une corruption systémique fondée sur le renvoi d’ascenseurs et l’échange de bons procédés.
  • La double inscription nationale et internationale de ses dispositifs de pouvoirs.

 

Notons que « la fragilité de ce bloc est l’envers de ce qui fait sa force : son autonomisation du reste de la société » p183

 

Exemples et illustrations :

  • La corruption systémique p187
  • L’âge du corporate power p193
  • L’osmose de la banque et de la haute administration p199
  • Le rôle des économistes orthodoxes p205
  • « Fabrication du consentement au néolibéralisme » par les médias (formule empruntée à Noam Chomsky)  p 209

 

6. La gauche peut elle combattre le néolibéralisme ?

 

Le pourrissement politique actuel est le produit direct de la gauche dite de gouvernement,(elle fut majoritaire en Europe à la fin des années 90, début des années 2000) du retournement de la social-démocratie, mais aussi des défaites suivies par le mouvement social et démocratique

dans son opposition au néolibéralisme. p218

 

Plus que tout, c’est d’une complète panne d’imaginaire que souffre la gauche. Faute de cette capacité collective à mettre au travail l’imagination politique à partir des expérimentations du présent, la gauche n’a aucun avenir. Il y va de la compréhension de la nature même de l’imaginaire néolibéral dont l’une des formes les plus frappantes est l’ubérisation.  p219

Face au néolibéralisme, la gauche doit cesser d’être une gauche de réaction, elle doit contester le néolibéralisme comme forme de vie.

 

7. Les propositions des auteurs pour combattre le néolibéralisme ne sont pas à la hauteur de leur analyse de la société néolibérale          

 

« S’il n’est de contestation du néolibéralisme que celle qui lui oppose de nouvelles formes de vie, il faut d’abord s’en remettre  à ceux qui inventent  et expérimentent de telles formes »p224

« La situation qui est la nôtre impose de mettre radicalement en question la logique même de la représentation politique, d’abord dans le mode d’élaboration du projet alternatif »p225

 

Contre l’expertocratie du néolibéralisme et des sociaux démocrates, les auteurs proposent de faire l’expérience du commun : « Ce qui importe c’est moins de réhabiliter l’expérience commune  que de donner toute sa place à l’expérience du commun, c’est-à-dire à l’expérience  d’une coparticipation aux affaires publiques. Ce qui est en jeu c’est la différence  entre ce qui est commun et le commun»p226. La démocratie participative ne peut satisfaire « Ce qui fait la qualité de la délibération  dans une assemblée, c’est moins l’expertise de chacun  des participants que la mise en commun de l’expérience par les masse des non-experts, c’est-à-dire de ceux qui, pris individuellement sont incompétents » p 228

 

Dans la conclusion de leur livre, les auteurs abordent deux questions stratégiques p229 :

  • Comment unifier et concentrer des forces disparates, alors que les oligarchies sont structurées et ont des formes d’organisation très puissantes
  • Comment coordonner les luttes à l’échelle mondiale d’une manière efficace

Les propositions à ces deux questions sont fort réduites.

Pour la première : « Au regard d’une exigence d’une démocratie politique radicale, c’est la forme du parti en tant que telle qui doit être ouvertement remise en cause »p232 « les partis politiques  sont par essence des instruments de sélection du petit nombre de représentants au détriment de la participation de la masse des citoyens aux affaires publiques, donc des institutions foncièrement oligarchiques »p234. A la lumière de l’expérience de Podemos en Espagne -expérience qui n’est pas reproductible en tant que telle sinon de la contredire – «  la leçon qui s’impose est ne pas se laisser enfermer dans le logique théâtrale de la représentation, il s’agit de reprendre l’expérimentation à ras le sol et à hauteur des formes de vie, par l’invention de nouvelles pratiques collectives »p237

Pour la seconde : « La réponse est de construire un bloc démocratique international. Non pas un cartel de partis, comme le Front de gauche en France ou Syriza en Grèce, toutes formes qui ont montré leurs limites, mais un bloc qui serait composé de toutes les forces politiques, de toutes les organisations syndicales, associatives, écologistes, savantes et culturelles » p239 ?

 

Il est difficile de comprendre comment l’expérience du  commun et les propositions stratégiques abordées dans la conclusion peuvent répondre aux deux caractéristiques principales du néolibéralisme analysées par les deux auteurs :

  • Le néolibéralisme est un système politico-constitutionnel qui a constitutionnalisé les règles du marché.
  • « On ne peut combattre le néolibéralisme qu’en opposant à son imaginaire un imaginaire alternatif, c’est-à-dire un imaginaire qui doit être à la hauteur de celui qu’il veut supplanter en s’élevant jusqu’à la proposition d’une forme de vie désirable ; Il n’y a que la puissance d’un imaginaire pour faire naître le désir de transformer le monde ( ..) puisque c’est cet imaginaire qui donne au libéralisme son incomparable force, il faut se demander d’où vient l’attraction qu’il exerce, y compris sur les plus démunis (..)»p94-95. On voit mal comment de l’expérience du commun comment faire émerger un imaginaire qui soit capable de combattre l’imaginaire du néolibéralisme.

 

Annexe :

Bref aperçu du livre « Commun, Essai sur la Révolution au XXI ème siècle » ( La Découverte, 2014)  Pierre Dardot et  Christian Laval.

 Pour ces deux auteurs, « le néolibéralisme ne s’est imposé que par la mise en œuvre de politiques délibérées qui ont peu à peu construit le cadre institutionnel à l’intérieur duquel la lutte sans merci entre les individus et les peuples est censée se donner libre cours (..) et rompre avec le néolibéralisme exige par conséquent de déconstruire le cadre institutionnel existant pour lui en substituer  un autre »[4]. A la conception d’une humanité désenchantée, enfermée sur « la privatisation des individus », sur une culture de la consommation, sur une bureaucratisation de la société, à la place d’une histoire de l’humanité à jamais fermée, les  deux auteurs proposent de retrouver « la croyance progressiste selon laquelle l’espèce humaine progresserait de seuil en seuil », et d’en appeler à la révolution comme « auto-institution de la société ». Refusant de confondre le commun avec un objet, ce qui peut s’appeler « le bien commun », ils définissent le  « commun » comme ce que l’on doit rechercher et déterminer ensemble, « il se confond avec le juste en tant qu’il coïncide avec l’avantage commun que doit viser toute délibération collective ». Et de préciser « ce n’est pas dire qu’une société, quelle qu’elle soit, puisse se dispenser de déterminer le contenu du « bien commun », c’est simplement dire que ce bien est à déterminer en commun  (..) c’est le commun qui est premier et non le bien commun»[5]. Pour Dardot et Laval, le commun est avant tout affaire d’institution, chaque commun doit être institué par une pratique « qui ouvre un certain espace en définissant les règles de son fonctionnement ».

 

[1] Sur ce thème, on peut se rapporter au livre de Karl Polyani, La Grande Transformation, qui traite de ce qui est arrivé au monde à travers la grande crise économique et politique des années 1930-1945 : le mort du libéralisme économique.

[2] Exemple de l’Allemagne

[3] Le terme d’oligarchie renvoie dans la philosophie politique à la classe des riches saisie par le démon de l’illimitation p180

[4] Op. cit., p.572

[5] Op. cit. , p.780